LETTRE OUVERTE

à cette génération qui refuse de vieillir

 

LIONEL - 38 ans

Je n’en pouvais plus d’entendre répondre : « vous êtes jaloux, vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez : à notre époque un chanteur ne pouvais pas dire le mot zizi à la radio » quand je parle précarité.

L’origine du projet remonte exactement à 2004. J’ai eu le désir de créer, après le visionnage de Fight Club, un atelier d’écriture qui s’inspirerait des techniques des Alcooliques Anonymes et qui s’adresserait aux trentenaires de ma génération. L’idée était de faire écrire collectivement, par petits groupes d’une dizaine de personnes, le déclassement social que nous vivions tous sans le comprendre. J’avais le désir d’inciter à aller chercher là où ça fait mal, afin de l’expurger collectivement.

Le projet était clairement de réactiver, en l’espace de quelques heures, un sentiment générationnel. J’imaginais même que le dispositif de l’atelier pourrait être systématisé et transmis à la fin de la séance, afin que ceux qui avaient participé puissent à leur tour le mettre en application, afin qu’il y ait un effet tâche d’huile… L’atelier a été planifié avec une trentenaire précaire, elle aussi animatrice d’atelier d’écriture. J’ai rédigé un tract assez enragé qui disait en gros « ils arrivent à la retraite, ils ont tout, nous n’avons rien, on nous serre de plus en plus la vis ». La veille de l’atelier, mon amie a appelé pour annuler : ses amis ne comprenaient pas le projet, ne voyaient pas qui désignait le « ils » du tract… Le projet a failli en rester là. Quelques idées ont été notées, avant de ressurgir en 2006, sous la forme d’une idée de livre s’attaquant ouvertement à la génération du baby-boom.  Le texte, rédigé collectivement sous la forme d’aphorismes, opposerait un « vous avez vécu ceci » à « nous vivons cela ». J’ai écrit les 40 premiers aphorismes, qui commençaient par « vous êtes nés entre 1945 et 1955 »… Mon entourage a commencé à me suggérer que je faisais peut-être une généralité des problèmes avec ma mère. Il a fallut 2 ans de plus avant de rencontrer des énervés prêts à se lancer avec moi sur le projet, qui a finalement réuni une tranche d’âge allant de 16 à 40 ans.

Une fois passé des réticences initiales très fortes – liées à la peur d’aborder ce sujet – il y avait une évidence à travailler ensemble. Les aphorismes écrits par les plus jeunes faisaient échos à ceux écrits par les plus âgés. Il n’y avait pas de fracture de sens, d’incompréhension. Tout le monde comprenait intimement de quoi il était question. Des personnes sont entrées dans la réécriture du livre en cours de route et ont immédiatement trouvé leur place, comme si ce « nous », à priori déconcertant, allait de soi.

Plus le texte progressait, plus il y avait d’aspects à aborder. Nous n’avons pas cessé d’ouvrir de nouveaux chantiers thématiques. Le livre invite à creuser, à en ouvrir d’autres.

Après la première lecture collective des 40 pages A4 initiales du texte, il y a eu un long silence. Personne n’avait envie de prendre la parole. Puis quelqu’un a dit « j’étais réticent, parce moi avec mes parents ça va, je n’avais pas envie de les attaquer, mais ce qui est dans ce livre est là, c’est incontestable, ça va au delà de nos histoires familiales. »

 

INTI - 25 ans-

« Lire Lettre ouverte. J’avoue, je suis en stage, j’avais pas le choix. Le lire et le relire a été difficile : trop de vérités, inavouables, indéniables. On veut garder les yeux fermés mais quand un livre vous oblige à les ouvrir vous devez revoir tout ce qu’on vous a enseigné, toutes ces valeurs qu’on vous a léguées. C’est dur, surtout à 25 ans.

Le travail collectif fait toute la richesse du livre. Arrêter de penser qu’on est seul à trouver ce monde de fête et de jouissance pas drôle et voué à l’autodestruction. Exprimer la colère, la fatigue, la réflexion, la gravité. Je suis entré dans le projet sans savoir où je mettais les pieds. Ce qui est impressionnant est que chaque personne qui a participé au projet à toujours réussi à apporter quelque chose. Le livre en est devenu fort, beaucoup plus fort que les pleurs isolés de chacun.

Qu’espérer avec un tel livre ? Peut-être que les gens se sentent moins seuls, moins seuls qu’ils le pensent, que leur colère se révèle au grand jour et qu’elle se retourne contre qui de droit. »

 

ASTRID - 26 ans

Lionel m’a parlé de ce projet il y a un peu plus deux ans, écrire une lettre ouverte sous la forme : Vous (la génération du baby-boom) avez vécu ceci / Nous vivons ça.  A l’époque ça ne m’avait pas franchement parlé. Je ne voyais  pas à quoi ce « nous » référait, je ne voyais pas de dénominateur commun entre les gens de mon âge, je ne me considérais pas comme faisant partie d’une génération. Quand Pierrick et Jean-Sébastien nous ont rejoints sur le projet et que j’ai commencé à lire ce qui s’écrivait, j’ai compris que notre dénominateur commun était justement cette incapacité à dire « nous », « notre génération », comme si nous galvaudions ces termes qui renvoient au collectif alors que nous nous sentons comme des particules partant à la dérive.

Nous avons été une dizaine à écrire, bien qu’ayant des parcours différents nous nous sommes vite rendu compte que nous avions des vécus assez proches. Il est important de dire que ce projet n’est pas un règlement de compte avec nos parents. Nous avions besoin de faire un point sur l’environnement dans lequel nous avons grandi et les codes que l’on nous a transmis, aussi bien nos parents que la télévision. Les baby-boomers du livre ne représentent pas seulement nos parents mais toute leur génération et ce que celle-ci a fait de la société.

Le livre s’est fait en plusieurs étapes. Tout d’abord chacun a écrit de son côté des aphorismes en partant de son vécu, de discussions ou d’ouvrages d’analyse sur la génération 68. Puis Pierrick a fait un gros travail d’assemblage et de tri. Ensuite nous nous sommes tous rassemblés et nous avons lu et relu à voix haute. Nous avons réécrit les aphorismes qui étaient bancales et supprimé ceux qui étaient redondants. Il n’y avait pas de chapitres, le texte, très dense, paraissait comme une autoroute dont le flux ne s’arrête jamais. Nous avons alors rassemblé thématiquement les aphorismes et réinjecté des passages plus théoriques créant des portes d’entrée aux lecteurs. Il est alors apparu que certaines thématiques manquaient, nous avons alors organisé des ateliers d’écriture, chacun écrivait trois à quatre pages d’aphorismes et nous gardions les plus forts. Nous avons enchaîné une dizaine de relectures en une semaine.

Ecrire ce « nous », mettre en commun nos expériences de la précarité a été cathartique. 

 

CHRISTINE - 37 ans

Issue d'une famille de "gauche", née en 71, j'ai toujours connu les baby-boomers. Ils furent mon seul référant jusqu'à l'âge de 20 ans. Ce fut plutôt chouette pendant l'enfance, c'est vrai, ils étaient beaux, riches, libres, ils me faisaient déjà un peu peur. Les années 90, celles où les gens s'habillaient si mal, sauf moi et mon ami de l'époque qui formions un couple improbable et atypique, marquèrent la rupture avec ce modèle si connu. En effet, devenue adulte, j'ai vu ces gens si admirables se transformer en ennemis dont le but était très clair : démolir tout ce qui aurait pu porter atteinte à leur toute-puissance, à savoir moi et mon ami et plus précisément à tout ce qui pouvait constituer une "nouvelle jeunesse", concept inventé 20 ans plus tôt par ces mêmes baby-boomers. Etouffée dans l'oeuf, notre existence est devenue asservissement à ces gens, qui parfois daignaient lâcher quelques miettes, juste de quoi nous perfuser pour nous empêcher de mourir. Le temps de comprendre, puis le temps de la guerre. Participer à l'écriture de ce texte relevait de l'évidence, qui par nature ne requiert aucune explication. La guerre dure depuis plus de 20 ans, ce texte n'est qu'un prolongement de ce que nous pensons et vivons depuis très longtemps. N'oubliez jamais à qui vous devez votre vie de merde et de démerdes et vous comprendrez pourquoi j'ai participé à l'écriture de ce livre.

 

JEAN SEBASTIEN - 30 ans

J’ai connu Terrenoire  dans une période de doute et surtout de ras le bol par rapport à mon cursus universitaire. Doctorant en psychologie clinique je me considérais comme éternel étudiant à l’âge de 29 ans. C’est la collection « no present » qui m’a amené à pousser la porte de l’atelier terrenoire après avoir découvert Sous la plage des ruines à la Gryffe (librairie lyonnaise, lyon 7).

Ce bouquin percutant formulait alors sous forme d’aphorismes cinglants des éprouvés que j’avais par rapport à mes professeurs et parents et que je vivais de façon très culpabilisée, l’impression que tout était déjà fait, que rien n’était plus possible, que je n’étais pas à la hauteur, pas père de famille, pas encore « inséré » dans le milieu professionnel avec un CDI, propriétaire de rien… etc… bref un raté. Je dois avouer que la psychanalyse ne m’aidait absolument pas à y voir plus clair à ce moment là…sauf à devoir en plus de me coltiner ma culpabilité, de devoir manger riz et pâtes à tous les repas pour expier mon histoire infantile à coup de 50 Euros la séance sur le divan…le brouillard le plus total, et l’isolement le plus absolu, mes amis psychos de l’époque me déversant eux aussi leurs problèmes nombrilistes à longueur de temps.

J’ai pu discuter avec Lionel Tran lors de mon passage à l’atelier fin février 2008 du marasme  « psycho-intellectuel » que je vivais autant dans le domaine universitaire que culturel…ne me retrouvant absolument pas par ailleurs dans la culture contemporaine « branchouille » proposée notamment sur la ville de Lyon. De cette première rencontre est née l’idée d’un bouquin sur le discours abscons de l’art contemporain ; je me suis alors proposé comme bénévole pour l’écriture/ compilation de documents de presse et très vite ce travail collectif avec d’autres bénévoles de Terrenoire a donné naissance à Ceci n’est pas de la masturbation mentale, un livre-objet qui détruit le discours chewing-gum de « l’élite » du milieu de l’art contemporain.

Lionel avait en tête un autre projet sur la génération du baby-boom et m’a alors proposé de travailler sur l’idée d’une lettre ouverte à la génération des 68ards…

Je me suis saisi de l’occasion pour m’aérer l’esprit, c'est-à-dire sortir de mes lectures de thèse de bouquins de psychanalyse… je me suis alors plongé dans des lectures de journalistes et sociologues sur la génération 68, un travail de compilation qui s’est fait pour ma part dans l’effervescence et le plaisir de découvrir des champs sociétaux très nouveaux pour moi et auxquels je ne m’étais pas vraiment intéressé jusque là.

Ce travail auquel j’ai pris beaucoup de plaisir m’a profondément changé dans le sens d’une prise de conscience générationnelle… je me suis rendu compte que mes vécus de honte, de ratages, etc. que je déballais sur le divan de ma psy n’étaient pas seulement en rapport à mon histoire personnelle et vécus infantiles comme le discours psychanalytique me le laissait entendre.

J’ai découvert d’autres pistes d’analyse et surtout la prise de conscience de ne pas être seul à penser ce que je pense ce qui était difficile dans mon environnement « très psy » où la remise en question personnelle permanente fait partie intégrante de ma culture.

Le partage en groupe de travail lors des ateliers d’écriture à Terrenoire avec d’autres personnes de ma génération sur nos ressentis de l’enfance, de l’adolescence, de l’entrée dans l’âge adulte en dehors de toute perspective psychologique mais de prise de conscience générationnelle m’a beaucoup aidé à me situer pour déterminer ce qui venait de moi, de mon éventuelle problématique personnelle et d’un malaise générationnel souvent dénié par nos parents, professeurs, politiques, etc.

Le plaisir a été immense à mettre des mots ensemble sur un malaise indicible verrouillé par la culture individualiste dont nous avons tous été partie prenante (est-il vraiment possible de s’en départir ? )

Au niveau culturel cette prise de conscience a été pour moi une grille supplémentaire de lecture du malaise social actuel et du découragement des jeunes adultes face à un avenir qui a été saboté…

Au-delà du plaisir à pouvoir se représenter un « nous »  générationnel qui nous a été confisqué et qui jusque là pour moi était irreprésentable, désincarné, la possibilité de formuler un « nous » m’a permis de mieux comprendre le sentiment de verrouillage permanent que j’éprouvais partout dans mes stages, dans mes boulots dans mes rapports au savoir à l’université.

Il est vrai aussi que j’ai pu me décaler de certains vécus personnels à mes parents que je n’appréhendais alors qu’avec une grille de lecture psychologique…et resituer mes rapports avec eux dans une perspective générationnelle et sociétale.

Le travail collectif à Terrenoire nécessite de toute évidence de lâcher toute prétention égotique, les ouvrages ne sont pas signés nommément et se construisent sur l’échange avec les autres permanents et bénévoles ; cette dimension est essentielle pour pouvoir appréhender une réalité sociologique déniée par le culte de l’égo ambiant.

Nous portons ce projet maintenant depuis plusieurs mois et je ne peux m’empêcher d’en parler autour de moi… je me confronte alors régulièrement à des réactions très agacées et des défenses majeures surtout parmi les gens de mon âge ce qui m’a beaucoup surpris…ceci tenant sûrement d’un refoulement collectif : beaucoup de gens de notre âge n’osent pas se formuler une quelconque critique envers la génération de leurs parents prétextant qu’ils ont tout fait pour nous…

Certains de mes amis adhèrent au travail de Terrenoire en général mais préfèrent se tenir à distance avouant leur réticence à s’engager dans une pensée « différente » et se confronter  l’effort colossal probable que cela demande en terme de désillusions ; pour ma part je trouve que l’approche de la collection « no present » qui propose une lecture très lucide des enjeux sociaux actuels ne me déprime pas du tout ; là c’est le psychologue qui parle ( !) : je trouve ça beaucoup plus économique psychiquement et enrichissant de se coltiner la réalité pour pouvoir continuer de penser, d’en faire quelque chose, de mettre des mots dessus plutôt que de passer son énergie au refoulement, au déni, à rester la tête dans le sable…

L’élaboration collective de Lettre ouverte m’a donné aussi l’envie d’investir le « collectif » ou en tout cas d’y croire un peu…  j’ai expérimenté (à petite échelle certes) la richesse de ce que peut être un travail collectif à dimension sociale (dans la forme et dans le fond). J’expérimente vraiment à Terrenoire le fait de pouvoir lutter collectivement ; j’y amène de moi-même mais j’y puise une énergie que je ne trouve nulle part ailleurs (les groupes de «  loisirs » que je peux expérimenter par ailleurs ne connaissent absolument pas la culture de la lutte)…  Il est vrai que dans ma famille mon investissement à Terrenoire est très souvent dénigré, ils envisagent nos travaux comme ceux d’un groupe de dépressifs… ; souvent même le nom « Terrenoire » seul les fait blêmir, l’épanouissement personnel ne peut passer que par des activités culturelles « valorisées » telles qu’un groupe de chant ou un club de sport.

L’enrichissement du travail collectif sur Lettre ouverte vient aussi des univers socio-culturels assez différents de chaque participant, mes parents sont des boomers qui se sont toujours revendiqués « anti-soixantehuitards » ; « droite chrétienne traditionnelle petite bourgeoisie », mes  parents ont tous deux fait des études supérieures, mon père est fils d’ouvrier de Dunlop, il s’est émancipé en quelque sorte en obtenant son diplôme d’ingénieur de l’INSA (Lyon). Les valeurs catholiques et traditionnelles et de « droite des valeurs » n’y ont rien fait, le résultat est le même, j’ai grandi devant récré A2, et avec la quasi certitude du progrès social continu, je me rappelle de mes cours sur « l’ascenseur social » en sciences économiques au lycée. De 20 à 30 ans j’ai le sentiment d’avoir été maintenu (entretenu) artificiellement à l’université, avec l’idée qu’il n’y avait pas de place sur le marché de l’emploi, qu’il fallait attendre justement que les boomers prennent leur retraite… la réalité est qu’ils sont toujours là, ce sont eux les directeurs d’université, les conférenciers, les praticiens titulaires, et leurs postes ne seront pas remplacés, la plupart de mes collègues psy connaissent une case travail chez Mc Do après leur diplôme et les plus chanceux arrive à se faire un salaire décent en combinant un mix de tiers temps et quart temps en CDD. J’ai souvent l’impression que mes parents ne comprennent pas  nos réalités : à mon âge ils projetaient de faire leur troisième enfant, s’étaient engagés pour le crédit d’une villa sur 20 ans, et pensaient déjà à la rénovation de leur résidence secondaire dont ils venaient d’hériter. Pour ma part j’ai très souvent l’impression que je n’hériterai de rien, au-delà de l’aspect matériel évidemment…, et ils me ricanent au nez quand je leur fait part de mon inquiétude de ne pas avoir de retraite en me rétorquant qu’ils comprennent pourquoi la France va si mal si les jeunes comme moi pensent déjà à leur retraite !

Les particularitiés socio-culturelles de ma famille ne m’éloignent pourtant pas vraiment des participants qui ont grandi en « banlieue ». Nous avons eu le droit à la même sous-culture et aux mêmes mensonges dans nos parcours scolaires, « faites des études, émancipez vous, soyez vous-mêmes, etc.. ». Nous sommes vraiment une génération déclassée dans le sens où quelque soit notre milieu socio-culturel, on nous a fait croire au progrès continu des améliorations de nos conditions de vie, sans que personne ne nous prépare à la dure réalité (désespérée) du milieu du travail tel qu’il est aujourd’hui en France.

Ce qui m’a vraiment le plus apporte ma participation à Lettre ouverte est la légitimité de dire « nous », à penser que nous sommes une génération en mille morceaux certes, mais que nous avons un vécu commun qui peut être mis en récit, en mots. La notion même de génération a été à mon sens annihilée par les boomers qui ne veulent pas vieillir, ne veulent pas nous voir exister.

La réalité que nous mettons en avant dans Lettre ouverte est donc bien cruelle par bien des aspects, ce n’est pas un livre sympa et fun, il s’agit de notre réalité la plus brutale qui soit et qui n’en déplaise à certains n’a rien de sympa, ni de fun.

 

AURELIA - 28 ans

En premier lieu, j'avais besoin d’exorciser ma colère, ma rage, d’en faire quelque chose de concret afin qu’elle cesse de me détruire intérieurement.En second lieu, j'avais envie de découvrir le processus éditorial, chaque étape de la naissance d’un livre.J’apprécie l’humilité de la démarche d'écriture collective, l’alliance de plusieurs au service d’un projet.L’individu s’efface derrière les Idées, et ça fait du bien !

 

ANONYME - 26 ans

-Ne connaissant pas de Baby boomers, ou plutôt, ne les « reconnaissant » pas, je n’ai pas tout de suite compris l’utilité du livre. A force de discussions, je me suis retrouvée dans ce que certains disaient et cela à comme ouvert une brèche d’où tout à commencé à sortir : la culpabilité, l’angoisse, cette réalité que nos « parents » ne comprennent pas, eux qui nous renvoient toujours à notre propre responsabilité. Nous sommes coupables de n’avoir pas essayé de mieux s’en sortir, on nous dit sans cesse que si on veux on peut, que nous sommes paresseux. Il semblait nécessaire de remettre les choses à leur place et d’exprimer ce que l’on vit réellement. Au début je n’ai proposé que quelques aphorismes dont je n’étais pas convaincue de la pertinence mais une fois associés à ceux d’autres participants ils ont pris un autre sens, plus fort, plus complexe. De voir ces textes se fondre en un seul et devenir une œuvre à part entière qui reflète mon expérience comme celle de chacun d’entre nous a été très gratifiant. J’ai beaucoup appris du fait de travailler avec des personnes plus mûres, plus expérimentées. Je n’aurais eu ni le courage ni les moyens d’exprimer ces choses seule.

 

ANONYME - 37 ans

Quand j’ai entendu parler du projet, j’ai tout de suite eu des boules d’angoisse qui sont sorties de ma gorge. J’étais en pleine « descente enenfers », avec l’arrivée de mes enfants, l’énorme travail que cela représentais, le manque total de repères et de moyens pour faire face, pas préparée, et des parents qui me répétaientt que j’étais « vieille avant l’âge». Je me suis tellement mise en colère, que j’ai écrit beaucoup pour le projet. Je comprenais, à travers les écrits des autres, au fur et à mesure, qu’ils ressentaient exactement la même chose que moi, et pour la première fois, j’avais l’impression de comprendre pourquoi, j’avais l’impression de mettre enfin des mots sur cette énorme charge qui me tue depuis toujours : la génération du dessus et cette société qui nous demande de nous adapter toutes les 5 minutes, qui nous maltraite. Je suis suivie en psychothérapie, et j’étais tellement sans issues de secours, par rapport aux besoins de payer la nourriture et le loyer, mon boulot de monteuse cinema totalement en inadéquation avec une charge familiale, tant au niveau logistique que financier, que ma psy a mis en place une aide financière en mesure, que mes parents peuvent très bien prendre en charge, afin que nous ne sombrions pas dans l’exclusion. J’aurais bien aimé être à terrenoire et réfléchir avec les autres, cette distance-immédiateté de l’internet devient insupportable, et en même temps ça me fait du bien de partager quelque chose, quelque part, avec quelqu’un, même si "ça ne rapporte pas d’argent, et que ça prends du temps", comme on se le reproche frénétiquement, mon mari et moi, dans nos parcours parallèles. Parfois, j’ai l’impression que ce que je vis, une toute petite portion de la population le vit, parce que on en parle très peu, et de façon caricaturale, aux infos, de ces gens qui galèrent…Tous les jours je reçois des annonces de l’ANPE, tout en sachant très bien que je ne tiendrais jamais un plein temps à 1500€, caissière ou vendeuse ; Je suis tellement fatiguée, et puis ça ne paierai jamais mon absence : garde des filles, ménage, cuisine, courses, linge, et travailler pour trouver de la thune. Je me sens comme une esclave dans un pays sous-développé. Mes parents ne voient pas grand chose, pour leur ouvrir les yeux je dois constamment me plaindre, c’est nul. Alors j’ai hâte de tenir ce livre dans les mains, j’ai hâte de le faire lire, même si souvent, j’ai remarqué, les autres ne veulent pas en entendre parler tellement c’est dur : "ça tord le bide ", " en colère oui, mais après, quoi ? ".

 

 

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