ARTICLES DE PRESSE
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Traduit par Inti Mendoza Levante
Un cahier truffé de dates et de notes. Un enfant, adolescent aussi en plein récit, qui vit de manière angoissante. En pleine périphérie ; un paysage, puis un panorama, désolé. Celui que son protagoniste décrit page par page: « 1974. Des cheminées immenses étroites et noires. Un ciel gris et rouge. Des flammes jaune pâle agitées par le vent. Le complexe pétro-chimique : amalgame de bâtiments métalliques rectangulaires. Enchevêtrement de néons, de canalisations, d’escaliers métalliques. Depuis la fenêtre de ma chambre : le supermarché SUMA, le parking vide, des emballages plastique, des palettes à l’abandon, des sacs marqués du logo SUMA, le trottoir défoncé, l’herbe sèche et cassante des HLM. » Une mère soixantehuitarde, qui cependant « n’est pas une mère. C’est une femme. Pas une femelle dépendante. Maman est forte, autonome, indépendante. » Une mère que « je n’ai plus le droit d’appeler maman » car « je ne suis pas le roi. Elle n’est pas mon esclave ». Conclusion : « Unenfanthommegarçon ne doit rien demander à une femmeindividuàpartentière » (sic). Le style direct, télégraphique, du narrateur, creuse la dureté de chaque mot qui compose ainsi une fresque d’illusions perdues : c’est la rage de vivre de celui qui sait qu’il n’y a pas d’avenir. Du moins, pas pour lui. La prose de Lionel Tran ( Vaulx-en-Velin, 1971 ; écrivain et directeur de l’atelier d’édition Terrenoire) est, ne le nions pas, extrêmement dure. Elle frappe fort par son apparente simplicité : « 1980. Le centre commercial, immense et plat. Sur la structure en tôle rectangulaire du centre commercial, les mots Auchan et Ikea en lettres lumineuses rouges, blanches, vertes et jaunes. À droite le terrain de foot boueux. À l’horizon, les HLM de la ZUP. » Une génération perdue, avec quelques références culturelles à peine, perdue dans la société du spectacle. Au tournant de tout et de rien. « 1986. J’ai passé toute la nuit à fabriquer ça : à tremper des tortillons de cotons dans du latex teinté en rouge, à coller de la filasse pour faire les cheveux, à peindre des coques en plastique pour faire les yeux. J’ai empalé la tête sur une pique en bambou. J’ai peint la pancarte à la fin. De grandes lettres noires visibles de loin : Duvaquet, au piquet. Le lendemain, un éditorialiste écrit à propos de la génération à laquelle j’appartiens : “ C’est une jeunesse ateinte d’un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles. Tous les virus décomposants l’atteignent ” ». Un texte, enfin, d’approche autobiographique réaliste, qui entre en rapport avec l’évolution (ou plutôt l’ « involution ») sociale de ces dernières décennies du pays voisin : le déracinement des classes les moins nanties, les révoltes de la rue, l’asphyxie. Et une spirale de violence interminable qui met le doute, parmi beaucoup d’autres choses, les journées utopiques/fantaisistes de Mai 68 – Michel Houellebecq a retourné aussi le couteau dans la plaie et de quelle façon ! D’une manière ou d’une autre, très troublant. Donne à réflechir.
Rafa Martínez
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