ARTICLES DE PRESSE
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Traduit par Inti Mendoza El faro
Estomacs sensibles s’abtenir Lire Sida mental c’est observer le trou d’une blessure dans la peau. Observer ce trou et y mettre le doigt, le remuer et agrandir la blessure, jouir de la douleur comme une forme de plaisir, ne pas sentir la douleur, ne rien sentir, expérimenter les choses à partir d’une distance glaciale, erradiquer les sentiments en tout acte. C’est ce que fait en fin de compte Lionel Tran ( Lyon, 1971), auteur de ce roman éditée par Periférica, en racontant à la première personne l’errance (errabundeo ?) morale, vitale et émotionnelle du personnage principal dans une période allant de 1971 à 1996. Pour cela, il se sert d’un bistouri et sa fiction sadomasochiste ressemble à un ver de terre qui pénètre dans des galleries obscures, de plus en plus ténébreuses, de plus en plus profondes, là, dans la partie la plus sombre de l’âme humaine. Le lecteur participe à tout cela et la lecture se transforme en un voyage inconfortable et, d’une certaine manière, en un vrai défi. Le roman est structuré en fragments et ces pièces font des sauts en avant et en arrière constamment, avec la voix narrative à la première personne comme fil conducteur. Chaque fragment a comme en-tête l’année dans laquelle a lieu l’action : 1977, 1981, 1983, 1974, etc. Ce va-et-vient temporel permet de montrer au lecteur qu’il y a peu de changements chez le protagoniste, que tout est une continuité grise, glaciale ; une ligne monotone sans possibilité de changement, sans échappatoire ; une voie sans issue qui se déplace dans les embryons de zones industrielles, d’autoroutes ou de HLM des banlieues. La monotonie, la redondance et l’invariabilité sont constantes dans Sida mental et ceci n’allourdit pas le discours, au contraire, cela l’amplifie, le rend plus destructeur, profond, comme ce ver de terre dont je parlais plus tôt et qui dévore la terre en laissant ses excréments fur et à mesure qu’il avance vers l’abîme. De la même manière, le déséquilibre émotionnel du personnage-narrateur se multiplie avec chacun des fragments et on peut dire que les humiliations infligées au protagnosite par sa mère ( une femme libérée, divorcée, moderne et qui a son petit livre rouge de Mao dans le salon) font que le héros se laisse emporter par les pulsions les plus sombres ( sans que cela ne serve à justifier son comportement). De même, puisque divers fragments ont comme en-tête plus d’une date, nous retrouvons un texte qui est interchangeable à n’importe quelle époque, à chaque période différente dans lesquels se déroule le roman et ceci amplifie, sans doute, cette idée de répétition citée plus haut. La cruauté est l’axe autour duquel gravite ce roman. La cruauté entre les enfants, la cruauté de la mère envers le narrateur-protagoniste. La cruauté über alles. Tout ceci fait que le protagoniste se comporte de manière sauvage et qu’il ait des fantasmes de destruction dans la tête. Par exemple, lorsqu’il imagine dans un train en bombe humaine qui caresse le détonateur qui fera sauter le wagon dans lequel il se trouve. Même en-dehors de sa tête, au-delà de l’imagination, il met en application des actes pervers, comme lorsqu’il monte des camps de concentration pour mouches dans l’appartement de banlieue dans lequel il vit avec sa mère et sa soeur ( « Les nazis ont fait avec les déportés la même chose que moi avec les insectes »). Tuer devient un fantasme qui tourne dans la tête du protagoniste qui s’interroge sur la possibilité de tuer une personne : « Je me demande si je sentirais quelque chose en tuant un être humain ». Ces questions se posent de manière aseptisée, sans état d’âme. Les sentiments sont erradiqués dans ce livre, comme si le noyau des émotions était inhabité. Tout est gelé : les souvenirs d’anecdote, le présent , la mémoire et même le langage qu’utilise le narrateur. La cruauté est une bête dôtée de dents que le protagoniste mime puisque tout ce qui l’entoure est atroce, violent et cerné par la mort. C’est ainsi, par exemple, qu’il joue avec ses playmobils en les disposant en ligne comme s’ils étaient devant un peloton d’exécution. L’enfant est féroce et il tire avec le fusil à plombs de sa mère, il échoue d’abord pour ensuite tirer à bout portant en ayant pour but de ne pas rater. La fascination qu’il a pour ces morts fictionnelles se multiplie dans ses formes ( et dans son fond) quand il torture une poupée en lui coupant les cheveux, lui brûlant les paupières, lui arrachant les extrémités. Ici, l’enfant est brutal et bestial : « Je la secoue jusqu’à avoir mal au bras. Le bébé a été méchant. Je dois le punir. J’enfonce une aiguille à tricoter dans son zizi. Je tape avec l’aiguille sur ses fesses. La fausse voix, qu’il y a à l’intérieur de la poupée, pleure quand je la jette contre le mur.» Le garçon reproduit la cruauté qu’il voit à la télé, celle qu’il retrouve dans les pages d’une encyclopédie sur la Seconde guerre mondiale, celle qu’il apprend de sa mère, une mère moderne qui se partage entre libéralité et tyrannie. Cependant à quinze ans, le protagoniste se dit à lui-même : « Je commence à avoir peur de moi, peur de mes envies, peur de la violence que je sens tapie tout au fond. » Tout cela fait que le protagoniste se laisse séduire par la douleur, ce qui transforme ses rapports avec les filles de son âge en une sexualité estropiée, déviée. Il ne ressent rien envers les adolescentes qui veulent avoir un rapport sexuel avec lui, au contraire, le dégoût qu‘il éprouve pour elles est normal quand celles-ci lui mettent la langue dans la bouche. Il y a donc une aversion du contact physique. Nous ne voyons le protagoniste excité par la proximité d’un autre être qu’une seule fois. Ceci arrive uniquement avec son chat quand celui-ci lui lêche le visage et lui mord le nez jusqu’à le faire saigner. Le lecteur hypothétique de cette oeuvre doit être attentif et ne pas abandonner sa lecture rapidement car, en réalité, Lionel Tran arrive à façonner parfaitement un univers qui décrit certains des aspects sordides du monde dans lequel nous vivons, le monde de ces personnes qui – depuis le début – n’ont pas pu échapper à une spirale de violence et de férocité. Et Lionel Tran (il faut bien le dire) dessine ce petit cosmos avec grand discernement, de manière précise, sans moraliser ( que le lecteur en tire la leçon lui-même). Il radiographie parfaitement la cruauté silencieuse dont seules des objets inanimés ou des insectes souffrent entre les mains du protagoniste. Comme si cette miniaturisation de la violence était, en réalité, une métaphore de la macroviolence que vit notre monde et que chaque génération apprend. Mais, à quel moment passons-nous de la miniature à la taille réelle ? Là est la question. Au fait : l’auteur a affirmé à la presse que son récit est à 95% autobiographique. Alfonso García-Villalba
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