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Traduit par Inti Mendoza

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La violence comme mécanisme narratif

Malik Oussekine était mort des suites des coups assénés par deux policiers qui détruisirent son abdomen et son dos. C’est le 6 décembre 1986 et Malik, âgé de 22 ans, manifestait contre l’énième projet de reforme de l’Université du gouvernement de Jacques Chirac de cette époque. Observant la pression populaire, le journaliste et écrivain Louis Pauwels déduit que : « c’est une jeunesse atteinte d’un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles, tous les virus décomposants l’atteignent. »

Lire Lionel Tran ne nous laisse pas reprendre notre souffle, nous fait perdre haleine. Dans le livre Sida mental (Periférica) : «  El presentador .... y semen » Tran a repris l ‘expression « sida mental » comme titre d’un livre qui saisit le lecteur, qui en fait l’otage de la haine et de la violence comme seul moyen d’expression. C’est « une bombe artisanale dont on voit le mécanisme de l’intérieur », commente l’écrivain depuis les locaux de la maison d’édition Terrenoire, qu’il a créée en 1997.

Sous forme de chroniques d’une jeunesse tourmentée écrites dans le désordre chronologique, Tran mitraille les mots pour raconter une vie en morceaux. Son style est télégraphique, direct, comme si l’écrivain était un boxeur, Tran explique : « dans ce livre, il y a un gros travail d’édition, de montage, comme s’il s’agissait d’un comic. J’ai assemblé plusieurs textes écrits pendant plusieurs  années pour tout restructurer ensuite ». Fils d’une ex-soixantehuitarde, il est né en 1971 et a passé toute son enfance dans une banlieue pauvre de Lyon. Un lieu où les rêves deviennent des frustrations et les frustrations, des luttes quotidiennes pour survivre.


Suicidés sociaux

« On disait aux enfants du baby boom  [nés après la Seconde guerre mondiale], comme ma mère, de se laisser porter par leurs rêves, de chercher la plénitude personnelle. Nous, nous  vivons  dans la précarité. Nous faisons plus d’études que jamais et nous vivons dans la misère. Nous sommes des suicidés sociaux. », affirme-t-il.

En plus de se masturber avec ses amis du quartier, le narrateur du livre – «  il est autobiographique à 95% », avoue Tran – est obsédé par la violence. Il fabrique des camps de concentration pour les fourmis, il imagine un attentat ; jusqu’à cette affaire avec sa mère. Il raconte comment il la pousse contre un mur et lui met un couteau sous la gorge. Cependant  l’écrivain réussit à dépasser l’état brut de la violence sans objectif pour , à la place de choquer, poser des questions.

«  Mon intention avec Sida mental était de faire quelque chose qui ne laisse pas indifférent, ce qui est très difficile actuellement. Pour faire les choses, j’ai besoin d’avoir peur », précise Tran. 20 ans après la mort de Malik Oussekine, l’écrivain – qui a manifesté aussi en 1986 – confirme : «  Oui, nous sommes atteints de sida mental car nous vivons dans la destructuration, en pleine implosion. »

Pur sang.


Guillaume Fourmont

 

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